24.02.2008

Night and day

Vue de Paris, Le Marais, quelques mètres au dessus du sol.
 
 
Un vendredi en journée
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© Sylvaine Le Roux 2006

 
  Un vendredi en soirée
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© Sylvaine Le Roux 2006

02.02.2008

De l'inconvénient d'être androgyne.

Le Marais : quartier Parisien composé d'une mosaïque de ghettos .

    Où, l'on trouve en fait les ennemis naturels des réactionnaires incultes type adolf hitler, c'est à dire: les Juifs, les Homosessuels mâles et femelles, les Bobos (gauchistes ayant un pouvoir d'achat de droitiste), et les étrangers en général (avec visa touristique).  Ça fait partie du charme du quartier.

   Malheureusement pour moi, j'oublie régulièrement le concept du code vestimentaire, et j'ai une tendance assez marquée à me sur-adapter à mon environnement (inconsciemment).  En fait en tant que femme hétéro je devrais avoir les cheveux longs, frétiller des paupières dès que je vois passer une bête à couilles (mâle hétéro, mal habillé et insignifiant),  en remuant du popotin, tout ça pour me conforter dans l'idée que j'ai raison de me ruiner en fringues de fabrication dé-localisée et en cosmétiques testés dans des yeux de lapin, faits à base de gras de baleine pêchée au harpon. Il paraît que c'est ça être une femme. Or, depuis que j'occupe ma chambre de bonne (au black, à un prix "je vous dit pas c'est indécent"), dans ce joyeux quartier, on me prend régulièrement pour ce que je ne suis pas.

    Tout a commencé à cause d'un mauvais coiffeur (pléonasme) qui a cru qu'il allait réussir à savoir mieux que moi comment gérer mon capital capillaire. Il a donc fait le contraire de ce que je lui avais demandé, résultat je me suis retrouvée avec une choucroute improbable et insupportable. Or je consacre (hors shampoing) 5 min maxi à ma coiffure du matin. Surtout pas 1/2 heure à me battre avec un pot de gel qui de toute façon et quoiqu'ils en disent, va coller et m'empêcher de me laisser aller à ma tricotomanie. Vu que je venais de perdre mon frère aîné dans des circonstances assez sordides, j'étais pas d'humeur du tout à me prendre la tête avec mon apparence. Voulant éliminer le problème de façon durable, je me suis tout simplement rasé le crâne...

   Question pratique c'était une réussite totale... vu de chez moi. Mais une fois dans la rue, je me suis rendue compte qu'aux yeux du monde j'étais devenue lesbienne hardcore ! A partir de là, je ne pouvais plus passer une journée sans me prendre au moins une réflexion homophobe. A 100% proférées par des hommes... LAIDS ! Pas un seul bô gosse, pas une seule femme, non, que des tromblons, des thons, des vieux gros moches dégarnis, la lie de la virilité. Avec, couleur locale oblige, un pourcentage impressionnant de Juifs pied-noirs... Solidarité entre communautés victimes du nazisme? Que dalle. Sauf ceux de la communauté dans la communauté, les Loubavitch ! Ce sont ces Juifs tirés à quatre épingles, chemise blanche, pantalon et veste noirs, casquette de base-ball foncée ou Kipa, et leurs dames à perruques et jupe large à mi-mollet. Jamais, au grand jamais aucun d'entre eux ne m'a calculée. Alors que les autres se permettaient de faire des bruits bizarres avec leur bouche... J'ai mis un peu de temps à comprendre qu'ils mimaient un cunnilingus, tellement c'était mal imité !!! De toute évidence ils n'y connaissaient rien . Faut-il préciser que les vraies lesbiennes, qui se reconnaissent entre elles sans problème, ne m'ont pas spécialement jaugée.

   Le temps a passé, mes cheveux ont un peu repoussé, et j'ai dû me remettre aux casquette-foulard-etc cache-afro. Voui, je frise, je crèpe, j'électrise, bref, je  dois tricher ! Vu que j'ai le morphotype de l'androgyne, on a commencé à me prendre pour un mec, et là on ne traitaît plus de lesbienne mais de pédé (quand j'avais la casquette) ! Et même une fois avec le foulard je me suis pris des insultes islamophobes! Haîssez moi, j'aime ça...  La seule constante, c'est qu'on me prend pour tout, sauf ce que je suis ! Encore que, on ne m'a jamais prise pour une Noire ou une Asiatique, ça manque sur mon CV...

   Mais le moment le plus savoureux, ça a été un jour où j'avais: casquette noire, chemise noire, jean et tropéziennes aux pieds et que deux jeunes (± 25 ans) Loubavitch (s) sont venus vers moi, une première, et que l'un d'entre eux m'a dit " Bonjour, je peux vous poser une question?" ... "oui" ai-je répondu. Et là il me demande (sérieusement !) "Est-ce que vous êtes Juif?" ... A mon œil bête, celui qui n'avait pas encore parlé a compris l'erreur et a failli rigoler . A l'autre j'ai répondu " Ben, euh, non en fait je suis catholique...femelle ! ". Là dessus il s'est confondu en excuses, m'a souhaité un bon week-end (c'était un vendredi), je lui ai rendu la politesse et chacun a repris sa route. Moi, j'étais ... perplexe. Il paraît que dieu reconnaît les siens, je commence à avoir peur qu'il se plante avec moi lui aussi. Si tu me lis, j'ai été baptisée à l'insu de mon plein gré, je pèche à chaque jour que tu fais, et je n'ai pas l'intention de me faire pardonner.