20.02.2008

Chacun cherche son chien

Paris 2002, Pause Café Bastille

 

  Le pipole au restaurant, n°2

  

(ou comment plagier Cédric Klapisch sur le lieu même du tournage de Chacun cherche son chat, mais sans caméra...)

  On avait parmi nos habitués la jeune Lou Doillon, elle habitait juste à côté en ce temps là... Rêvez pas les gars, elle a déménagé sinon je balancerais pas ! Et elle venait souvent accompagnée de son fidèle Spike, bouledogue anglais dans toute sa splendeur. On s'était habitués à sa gueule de traviole, son regard torve et ses quenottes de guingois, beaucoup de charme ce chien, et solidaire avec ça, quand on lui mettait un bac de flotte, il nous lavait par terre à grande eau, un amour vous dis-je. Bien entendu, il restait près de sa maîtresse, et bien sûr il avait une laisse.

   Sauf qu'un midi, v'là le Spike qui déambule dans le restaurant comme un chien de rue. Pas de laisse... bon. Mais au bout d'un moment, vu que c'était l'heure du coup de feu, il commençait un peu à nous gêner et surtout on était étonnés que Lou le laisse traîner comme ça... On était quand même quatre à servir et chacun croyait que Lou était dans le rang d'un autre... Sauf que quand on s'est décidés à la trouver pour lui demander de garder le chien près d'elle, ben on l'a trouvée nulle part ! Mais vraiment nulle part, telle Poutine je suis allée la chercher jusque dans les chiottes, même que Spike il a fait comme moi. Et il avait l'air stressé le chien... Bon au bout d'un moment on a comprit qu'elle était pas chez nous, on a appellé le Bistrot du Peintre, nos chers voisins chez qui elle allait aussi très souvent, histoire de voir si elle y était... Pas plus que chez nous, et meeerdeeeuh ! Du coup on s'est dit que le chien s'était perdu et on a fermé la porte pour pas qu'il se tire, pensant qu'elle devait pas être bien loin et qu'elle penserait à faire le tour du quartier. Et ce bougre a lâchement profité de la sortie d'un client pour se sauver et reprendre son périple. On était quand même à un sacré carrefour, où les accidents en tout genre sont, hélas très très fréquents... Franchement, on ne donnait pas cher de la peau du chien et on a passé une journée un peu triste...

  Le lendemain, Lou débarque chez nous, sans son chien et là, forcément on lui demande... Mais qu'est-ce qui c'est passé hier, on a vu Spike zoner partout... Ouf, elle l'avait récupéré ! En fait elle avait pas pu l'emmener avec elle pour un boulot, du coup elle l'avait fait garder par un ami de confiance qui connaissait bien le chien, mais ce filou à réussi a s'évader... Au grand désepoir du pauvre ami... qui se voyait déjà responsable d'un chien écrasé ou d'un kidnapping pour vivisection, sans compter que ça coûte une fortune les chiens de race , même au marché noir, alors les passants sans scrupules... Super Spike fut retouvé tard dans la soirée, j'ai oublié par qui, enfin je crois bien que c'était le dog-sitter trop confiant...

    Forcément j'ai pas pu m'empêcher de faire remarquer à Cédric Klapisch, client historique de la maison, que la fiction féline avait été plagiée par une réalité canine... La vie imite l'art, qui s'inspire de la vie, etc...

 

18.02.2008

Dans les pattes de John Malkovitch

John Malkovitch Part 1, 1994

   Où vot' serviteuse est vendeuse rue du Jour à Paris, dans une boutique où il y en avait pour tout le monde: les femmes et les enfants d'abord, et puis ces messieurs au fond à gauche, avec les jeunes créateurs sévèrement barrés, genre t'es obligée d'appeller la patronne quand tu déballes pour savoir où ce truc est sensé se mettre ... " Patricia , c'est une robe ou un pantalon, ça?" "Ah, une chemise, okAY !"

   Un jour, où je vaquais au rayon enfant, j'ai senti un regard dans mon dos... (ça vous est déjà arrivé cette impression que quelqu'un vous fixe, sans être dans votre champ de vision ?). Quand je me suis retournée, j'ai croisé un regard très bizarre. C'était un homme pas très grand, chauve, des yeux perçants et j'ai réalisé que c'était John Malkovitch ! La deuxième chose qui m'a frappée après le regard de psychopathe, c'est un détail trivial... Des poils qui dépassent du col du t-shirt... dans le dos ! Tout ce que je déteste...
Pas eu le temps de me charger de son cas, une cliente m'avait déjà réquisitionnée et il fallait que je la "termine". Au moment de  l'encaissement, traditionnelle panne de billets de 50 F, je me précipite chez la voisine, boutique Pom d'Api, ou ma copine de lycée Sonia bossait. Je rentre en semi transe : "waouw, chez nous y a John Malkovitch qu'est passé, il est trop chelou, on dirait un serial killer !" Et je vois Sonia me faire des yeux bizarres à son tour... A un moment j'ai cru que j'étais dans un mauvais trip. En fait elle essayait de me faire taire mais pour le comprendre j'ai dû d'abord me retourner, et retomber, nez à nez cette fois, dans le regard du psychopathe... argh.

   Je l'avoue sans honte, j'ai cru qu'il me suivait...
 Sonia m'a dépannée en billets et je suis retournée dans ma boutique, vaguement perturbée. En fait il faisait tout simplement du shopping pour ses enfants, mais seul ! Moins une que j'appelle la police... pour rien, mais ça n'aurait pas été une première sur mon CV de vendeuse parano.

 

John Malkovitch Part  2, 2002

   Où vot' serviteuse est serveuse à Pause Café, cantine fashion-people-cinoche-branchouille de Bastille. Alors là, faut que je vous présente Karine, ma collègue top groupie. Dès que quelqu'un d'un peu connu se pointe pour la première fois sous son nez, c'est demande d'autographe direct ! Toujours un pour son fils, et un pour elle quand elle a le temps. Ça m'a toujours affligée de la voir faire ça mais faut reconnaître que ça passait plutôt bien en général, bon chacune son éthique de travail. 

  Un aprème où je la remplaçais en terrasse pendant sa pause, un monsieur en costume beige très très chic s'installe à une table au bout du rang, je me pointe, et ... ben oui, encore lui, John Malkovitch! Il me suivait, donc, mais lentement, huit ans quand même ! Il a commandé une noisette dans un français impeccable avec juste ce qu'il faut d'accent, je suis rentrée m'occuper de ça, et là, la rumeur avait été plus rapide que moi Karine m'a alpaguée :"C'est vrai qu'il y a John Malkoviiiiitch en terrasse?!? Tu peux lui demander un autographe pour moi, je parle pas anglais". A quoi je lui réponds " T'inkièt' il parle assez bien français pour ça !"

  Et ben non, elle avait les pétoches, elle m'a fait tout un cirque et à la deuxième noisette je me suis décidée à aller demander mon premier autographe ! Je lui ai dit que c'était pour ma collègue timide et qu'il en fallait un pour David (le fils, donc) et un pour Karine. Il me fait ça très gentiment et là il me demande "Et pour vous je mets quel prénom?"... "Oh non moi c'est pas la peine... euh... enfin, je veux dire je collectionne pas les autographes, je perds tous les bouts de papier...une vraie catastrophe, mais merci beaucoup de me l'avoir proposé... " Bref, la grosse boulette diplomatique !

  Le plus bizarre dans tout ça c'est que la seconde fois que je l'ai vu, il m'a fait l'impression inverse de la première... Plus l'ombre d'une lueur de perversité dans le regard, totale grande classe et chic absolu... Je m'étais trompée, mea culpa mucho ist !

 

05.02.2008

Hey, Catherine !

Le Pipole au restaurant, n° 1

Paris, 1992.

   Ça c'est passé un soir dans ma cantine du midi... Je travaillais dans une boutique à Saint Germain des Prés et ma collègue Samia m'avait fait découvrir le "Pizza Positano", rue des Canettes. Comme son nom ne l'indique pas, c'est un restaurant, certes Italien, mais pas franchement le genre de carte des pizzerias qu'on voit partout. Du haut de gamme quoi ! Et j'y allais régulièrement déjeuner le midi quand mon compte n'était pas dans le rouge.

   Un soir, je décide d'y aller avec mon ami Boris histoire de lui faire découvrir l'endroit. Ça faisait un moment que je lui en parlais et je lui avais fait l'article en long en large et en travers. En fait c'était la première fois que j'y allais le soir. Quand on est arrivés, c'était blindé (l'endroit est minuscule) et il y avait déjà des personnes devant nous qui attendaient d'être placées. Mon serveur préféré, Raymondo, nous accueille et nous dit que la prochaine table de deux, c'est pour nous. On nous offre un petit kir pour patienter et on tente de le boire en évitant de gêner les serveurs qui couraient dans tous les sens.

   Tout à coup je me fais littéralement écraser (le pied) et bousculer par un type, genre costard-cravatte à grosse bedaine et cigare qui pue, qui nous passe devant et interpelle Raymondo. Je n'ai pas entendu ce qu'ils se disaient à cause du brouhaha, mais j'ai vu Raymondo regarder derrière nous et il a braillé "Hey, Catherine ! Tu connais la maison, Sylvaine et son ami étaient là avant toi, tu vas attendre ton tour ! Là, Boris et moi on se retourne et ô surprise Catherine Deneuve herself ! Et accessoirement il y avait une foule agglutinée à la vitrine du restaurant... Elle a gardé toute sa superbe et a répondu: "Naturellement , ça ne me  pose aucun problème, comme d'habitude.". Et là elle nous a regardés d'un air subtilement entendu et la seconde suivante elle a discrètement flingué du regard le malotru qui l'accompagnait (bien mal)! J'ai pas pu m'empêcher de faire remarquer à Boris "Je t'avais dit que c'est une bonne maison, tous les clients sont rois". En fait je n'aime pas trop Catherine Deneuve comme actrice mais croyez moi, c'est une vraie dame. Et c'est impressionnant de voir les gens la fixer pendant qu'elle dîne, la faculté d'abstraction de l'environnement qu'il faut avoir pour supporter ça, ça me dépasse...

  Mon pied écrabouillé m'a valu une de leurs fameuses grappa à la fin, offerte par le muffle.M'est avis que l'idée n'est pas venue de lui... Allez, ça ira pour cette fois!