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18.05.2008
SylvN mercenaire en Yougoslavie, 1994
On n'est pas sérieux (se) quand on a 23 ans...
Cette année là, j'avais démissionné pour la troisième fois de la même société. La première démission c'était à Paris en 1992 et elle avait abouti, la seconde, pour les mêmes mais à Rennes avait été refusée, et cette fois là, c'était la bonne, je voulais remonter sur Paris, na.
J'ai cru un peu naïvement que j'allais être réembauchée sur Paname, rapport au fait que j'étais très très bien vue par les deux frangins grands patrons. C'était sans compter sur la susceptibilité du directeur, qui lui commençait à trouver mon plan de carrière un peu compliqué pour sa petite tête. Il m'a donc envoyé gentiment chier.
Pour me venger d'une telle ingratitude (comment ça tu passes ta vie à me refaire des contrats et à me calculer des préavis et soldes de tout compte, flemmard, va.), j'ai fomenté un plan diabolique. J'avais une amie bretonne et néanmoins croate de père, surnommée Nuts, qui allait chaque été chez papa à Hvuar, splendide île de l'Adriatique, assez connue aujourd'hui. Cette année là, la guerre battait son plein en Bosnie et pour un Français c'était pas évident de s'y retrouver entre Bosnie, Croatie et Serbie.
Avec Nuts, on est allée faire des photos de pseudo-guerre au parc André Citroën dans le 15ème où il y a un "jardin sauvage", décor idéal pour fausses scènes de guérilla... Une fois les tirages faits, j'ai pris ma préférée et derrière j'ai recopié ce poème d'Alexandre Pouchkine:

(Extrait de "Les Tziganes", dialogue entre Zemphira et Aleko)
Zemphira:
Ami, est-ce que tu regrettes
Parfois, ce que tu as quitté?
Aleko:
Qu'ai-je quitté?
Zemphira:
La patrie, un monde, les fêtes.
Aleko:
Que regretter...? Si tu savais
L'esclavage étouffant des villes!
Derrière leurs murs élevés
Languissent des gens serviles,
Ignorant les senteurs des prés,
Comme la fraîcheur matinale,
Honteux d'aimer et toujours prêts
A délaisser leur idéal,
Trafiquants de liberté,
S'inclinant devant leurs idoles;
Argent et chaînes les enjôlent.
Qu'ai-je quitté? Des vanités,
Les tourments de la trahison,
La persécution des masses,
Des préjugés, le talion,
Un déshonneur brillant? J'en passe...
Et voilà, à l'arrivée à l'aéroport de Split, elle a collé un timbre, mis la photo dans une boîte aux lettres, et moi j'ai oublié l'histoire.
Six mois plus tard, je croise mon ancien directeur dans une rue à St Germain des Prés, et il me saute sur le poil en braillant "Ah, t'es revenue, mais t'es malade, qu'est-ce t'es partie foutre en Yousgolavie, t'aurais pu te faire tuer, t'es pas bien!"... Sur le coup j'ai pas compris de quoi il parlait, et puis ça m'est revenu... Morte de rire. Quand je lui ai expliqué que c'était une grosse blague, que c'était Nuts (Il la connaissait) qui avait posté la photo d'un endroit sûr, et que c'était juste pour le faire chier... il a été soulagé. Et il a fallu que je le lui dise que celles d'avant du Canada et du Brésil, c'était aussi les voyages de Nuts et que moi j'avais jamais bougé... (Désolée, je n'ai plus les négatifs de celles-là, peut pas vous les montrer...). A chaque fois, je me contentais de recopier un poème et je n'écrivais rien d'autre, l'adresse, un timbre local, et zou...
Mais des années après, quand j'ai vu Amélie Poulain et le nain de jardin de son père qui voyageait avec la cop's, ça m'a furieusement rappellé mes blagues!
03:43 Publié dans It's magiC (Photos & Making off) | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


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Commentaires
Bonjour
Cela me rappelle des lettres que j'envoyais à une amie allemande par l'intermédiaire d'ami(e)s étrangers! Le meilleur, une lettre qui est passée par le Japon, grace à des japonaises qui faisaient du mail art, que j'ai découvert sur internet!! Elles ont tres gentiment accepté!
merci pour vos voyages
Ecrit par : L10n3|XIII | 23.05.2008
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